~La faucille et le stylo.


 


A.A « Sitôt retirée de l’enseignement, je me retrouve à Néoules où, il faut bien le reconnaître, les divertissements manquent un peu, ainsi que la Méditerranée où j’ai pris l’habitude de nager 10 mois sur 12.

 

La maison familiale est dans un triste état et les champs en friche.


L.R. -Voilà de quoi se désennuyer…

 

D'autant que j'écris en même temps une "histoire de Néoules" commandée par la mairie du village. Néoules où je suis née, mais où je n'ai au fond vécu que jusqu'à l'age de 10 ans. A la fin de ma première année de retraite, j’ai écrit un livre, restauré ma maison et planté 500 oliviers en souvenir de ma grand'mère qui pleurait sur les souches gélées en 56. Et aussi pour Elise, ma petite fille née en l'an 2000, un joli millésime à marquer par des arbres qui passent pour devenir volontiers centenaires.

 

 

 

 

 

 

 

restaurer la maison...

 

 

 

 

 

 

écrire un livre...

 

 

planter 500 oliviers.

 


« Je dois tout de même remercier mon compagnon actuel, « sans qui rien de tout cela n’aurait été possible », comme on dit en pleurant d’émotion à la fin de la cérémonie des Césars.

 

-Et dix ans plus tard ?

 

« J’ai 6 romans de plus à mon actif, et les oliviers ont bien grandi ! Mais je dois repeindre les volets…

 

-Votre prochain livre ?

 

« Un roman de terroir : l’histoire de mes folles grand’mères boulangères, et un policier contemporain dans la ligne de « Rue Paradis ».

 

-Vous abandonnez donc Vincent et la Révolution à la fin du tome 5 « La rose de porcelaine » ?

 

« Du tout ! Le 6eme volume  « Le bal des revenants » est déjà écrit. »

 

-Quand paraitra-t-il ?

 

« Cela ne dépend pas de moi. Laissons flotter les rubans… »

 

-Décidément, vous semblez avoir un caractère facile …

 

« Ne vous y fiez pas ! Je suis cyclothymique, vindicative et je peux me mettre dans des colères noires. Je dors peu, par petites périodes et à peu près n’importe où. Ensuite, je fais au moins trois choses incompatibles en même temps, tout en pensant à une quatrième. Aussi, je perds mes affaires, j’égare les factures, j’oublie les rendez-vous, je me heurte aux meubles, je renverse les verres, je me tache, je me coupe, je me brûle, je tombe. J’ai toujours, dans un coin, une ecchymose en train de bleuir.

 

-Comment pouvez-vous écrire dans ces conditions ?

 

« De la même façon. Il m’arrive de passer une nuit entière assise à mon bureau, et puis de ne pas m’en approcher d’une semaine. J’envie les auteurs qui disent écrire tous les jours à heure fixe. J’ai essayé : j’ai passé les 3 heures réglementaires le bec dans l’eau.»

 

- Vous voulez dire la tête vide ?

 

... d'où vient   l'inspiration?
... d'où vient l'inspiration?

« Exactement. J’ai l’impression que « l’inspiration » ne se trouve pas dans ma tête, mais dans mes mains. Je dois les occuper, m’en occuper pour que la machine reparte. Par exemple, je suis une maniaque des ongles : je passe mon temps à les brosser, les limer, les polir, les peindre. Je fais un consommation incroyable de vernis à ongles de toutes les couleurs.

 

-En somme, vous n’avez que des défauts…

 

« Mais non ! Je passe pour une honnête cuisinière ! »

 

-Il me semble, en effet, sentir une bonne odeur...

 

« C’est parce qu’en vous attendant, j’ai préparé une marmite de daube. Trois heures de cuisson à petit feu pendant que nous bavardions… C’est prêt. Passons à table !

 

-Avec plaisir !

 

-  Bon ! Maintenant, Louna, je change de casquette et je redeviens ta grand'mère. Tu peux à nouveau me tutoyer.  Alors ? Elle est comment cette daube ?

 

-Trop bonne ! Mais il me semble qu'elle est un peu liquide...

 

 

- Tu sais bien! Ce n'est pas un défaut, c'est une... ?

 

-.... typicité ! D'accord ! Mais alors, il faudrait du pain pour saucer ! Où est le pain ? Il n’y a pas de pain ?

 

«-Flûte ! J’ai encore oublié le pain ! Décidément, je ne m'habituerai jamais à l'idée de  devoir l'acheter!