~Une nouvelle jeunesse

 


« A mon retour j’ai une drôle de surprise ! Je découvre, atterrée, que je vis depuis plus de 20 ans avec un homme qui se désole de mes succès et se réjouit de mes échecs. Au lieu de me réconforter, mon mari jubile : « Ah ! Ah ! Ah ! Tu te voyais déjà en haut de l’affiche ! »

 

-Là, il y a vraiment de quoi …

 

« … se procurer un revolver ? Bah… j’ai préféré le quitter. Je demande mon changement (l’avantage d’être fonctionnaire !) et… ciào !

 

-Il vous a fallu du courage !

 

« Pas du tout ! Il m’aurait fallu du courage pour endurer l’humiliation quotidienne. Un divorce à rallonge s’ensuit. J’y laisse quelques plumes. Dans les romans à l’eau de rose, il faut toujours « choisir entre l’amour et la gloire » et l’héroïne choisit bien entendu l’amour. Moi, je choisis la liberté ! A quarante ans, je vais enfin m’offrir cette jeunesse que, mariée à 20 ans, je n’ai pas eu le temps de goûter. Au diable le cinéma ! Vive la vie ! J’ai l’impression de sortir d’un tunnel. Le monde est lumineux ! Vaste ! Gai ! Je me sens la petite sœur de mes grands fils ! Car l’avantage de faire des enfants quand on est jeune, c’est qu’ils sont élevés avant qu’on ne soit vieux.

la petite soeur de mes grands fils
la petite soeur de mes grands fils

-Au fait, comment vos fils réagissent-ils au caractère érotique et souvent amoral de vos livres ?

 

« Vous avez raison de poser la question. Les hommes sont souvent chatouilleux sur ce chapitre. « Fils de pute ! » et « ta mère la pute ! » sont les pires injures pour un garçon un peu basique. J’ai la chance d’avoir deux fils intelligents et peu conventionnels. Comme ils faisaient, enfants, la part entre l’institutrice et la mère, ils font, adultes, la part entre la mère et l’écrivain. Ils savent qu’ils peuvent tout demander à l’une et rien à l’autre. Dans ce domaine, rien n’est négociable. J’écris ce que je veux. Ils le savent et se sont fait une raison. Je crois même que si je me mettais à publier des guimauves, ils viendraient me demander avec inquiétude si je vais bien. Ils peuvent lire un passage rudement poivré, me téléphoner tout de suite après pour me faire, en pouffant de rire, d’affectueux reproches « Oh ! La Mama ! Là, tu exagères ! » puis me demander dans la foulée la recette de la pâte de coings ou de la blanquette de veau ( mes deux spécialités).

 

-Ils vous appellent « La Mama » ?

 

« Oui ! Avec l’accent italien. Ou alors ils utilisent les seules initiales « L.M. » qui sonnent joliment, non ?  En revanche, mes petites filles m’appellent par mon prénom. La grande écrit et la petite danse, tandis que leur père peint et fait de la musique. Les chiens ne font pas des chats. En Provençal, on dit plus botaniquement : « un pin fas pas un cade  » ce qui se passe de traduction. Nous sommes trois copines. Nous nous amusons comme des folles. Nous mettons les lunettes de soleil, nous fourrons les maillots de bain dans un sac, et nous partons « faire les belles sur la Côte » dans la voiture décapotable.

faire "les belles" sur la Côte...
faire "les belles" sur la Côte...

 


-Vous n’êtes donc pas une « vraie » grand’mère…

 

« Mais si ! Je suis une grand’mère qui raconte des histoires, qui coud des robes de princesse, qui apprend à cuisiner…

 

-… et qui écrit des romans porno ?

 

« C’est ma touche personnelle… »


 

-Mais, au fond… pourquoi écrivez-vous ces passages « osés » qui choquent certains de vos lecteurs ?

 

-Eh bien ! Ceux qui sont choqués ont tort de l’être ! Le roman érotique et même le roman pornographique sont simplement des contes de fées pour adultes. Je ne leur propose que du rêve. Du rêve en rapport avec leur âge qui n’est plus celui des Bisounours.

 


-Pour en revenir à Rue Paradis, vous vous tirez bien de l’aventure…

 

« Eh oui ! Pourquoi se plaindre ? En 1990, j’ai un métier qui me plait, un appartement à 10 minutes de la plage, bientôt de nouveaux amis qui ont 15 ans de moins que moi. Je m’achète un ordinateur et je commence à écrire un essai humoristique sur la politique et l’astrologie !

 

-Et cela va durer ?

 

« Dix bonnes années au cours desquelles je ne publie que 2 livres, mais où je m’amuse beaucoup. Je m’essaie au journalisme… au théâtre… je voyage… je fais la fête… un comble : je fais même du sport, escrime, varappe, natation… Et puis les droits d’adaptation de ce sacré « Rue paradis » sont achetés à deux reprises par d’autres producteurs. Mon livre ne devient toujours pas un film mais il me constitue une rente. Il faut croire qu’il ne se démode pas…

 

(aux dernières nouvelles, un terroriste islamiste qui va faire un carton dans un établissement juif, puis des arrestations massives arbitraires afin de rassurer les citoyens en période d’élections, restent tristement d’actualité…)

 

-Et puis arrive le temps de la retraite où vous allez pouvoir vous consacrer enfin à l’écriture à plein temps !

 

-Pas tout à fait…

 


 

15 – La faucille et le stylo