~Toutes les cloches sonnent, sonnent !

 

 


 

A.A. « L’Amour ! L’Amour avec un grand A ! « Je trahirais ma patrie… je renierais mes amis… si tu me le demandais ! » Et en effet, je trahis, je renie. Moi, l’intrépide campagnarde, je me laisse même pousser les cheveux pour faire plus « fille ».

Toujours est-il qu’après m’être convertie au catholicisme, je me marie en grand blanc et devant Dieu dans la vieille église où je n’ai jamais mis les pieds que pour sonner le tocsin entre Pâques et le Vendredi Saint, ou mettre de l’encre dans le bénitier.

 

-Oh ! Quelle horreur !

 

« Rassurez vous : la plaisanterie n’a jamais été suivie d’effet. Le curé, qui était très ami avec mon père et n’était pas tombé de la dernière pluie, emmaillotait le battant de la cloche dans des chiffons, et changeait l’eau du bénitier le matin de Pâques. Je crois même qu’il aurait été déçu si les enfants des « rouges » ne s’étaient pas livrés à cette facétie rituelle, signe évident de bonne santé réciproque. Notre anticléricalisme était bon enfant et sa foi tolérante. Combien de fois ai-je dû brosser la soutane enfarinée du saint homme lorsqu’il venait se réchauffer dans le fournil en attendant l’heure de la messe !

 

-Donc, vous vous mariez…

 

« Oui. « Toutes cloches sonnent sonnent ! » « Mais la plus grosse n’est pas dans le clocher » comme dit papa qui porte toujours nœud papillon et œillet à la boutonnière, mais n’est pas très content de donner sa fifille à un jeunot en costume d’alpaga. Mais les pères sont-ils jamais contents de donner leurs filles ?

en grand blanc...
en grand blanc...

Le joli temps du rock et du twist « est fini avant de commencer ». Suite à ce mariage précoce et à deux naissances rapprochées, je vais me trouver dans une situation matérielle difficile avec un beau garçon qui se cherche et n’envisage pourtant pas de se faire boulanger.

( Les femmes de la famille aiment les beaux garçons, c’est leur talon d’Achille…)

 

-Mais il leur font de beaux enfants…


« J’en conviens. Et puis ma foi… un beau garçon, ce n’est pas désagréable à... regarder !

 

-Pardon ! Ne pourrait-on le voir, ce « beau garçon » ?

 

« Mais… vous l’avez vu ! En partie…

 

-Alors continuons…

 

« Comme il faut assurer la matérielle j’entre dans l’enseignement par la petite porte, car je ne suis pas certifiée. Pas folle, l’Education Nationale va exploiter à fond les ressources de cette maîtresse auxiliaire polyvalente poussée par la nécessité. Comme on n’est alors pas payé les jours chômés, j’accepte tout et n’importe quoi.

 

-Vous n’avez pas parlé de mai 68.

 

« J’ai complètement raté mai 68 : j’étais enceinte jusqu’aux yeux ! Heureusement je m’étais un peu échauffée pendant ma première année à Aix, à jouer à cache-cache avec les « fachos de Droit » qui étaient « Algérie Française ».  Et puis j’ai braillé de bon cœur « Fou-chet ! Dé-mis-sion ! » assise sur le cours Mirabeau devant le rectorat, car la tribune de l’amphi Zyromski menaçait ruine. Christian Fouchet est mort depuis 30 ans, et la tribune de l’amphi tient toujours, ce qui démontre le caractère irrationnel des indignations juvéniles…

 

-Revenons à l’enseignement où vous venez d’entrer.

 

 

 

12 – Les Bat’ d’Af’ de l’Education