~Entre Juppé et Kohn-Bendit


« J’ai l’âge de Daniel Cohn-Bendit et d’Alain Juppé : 20 ans au milieu des sixties !


-Avant d’en venir aux « sixties », parlons un peu de votre enfance.

 

« Rien que de classique. Imaginez une petite paysanne qui court dans la colline, patauge dans les ruisseaux, grimpe aux arbres et néglige un peu le poupon de celluloïd apporté par le Père Noël. Comme elle est grande pour son âge et assez maladroite, elle a souvent les genoux couronnés, des bosses et des bleus partout. Le jeudi, sa grand’mère lui raconte l’histoire de « la poupée de velours devenue folle d’amour » ou bien elle l’emmène « au cabanon » chercher les champignons, les asperges, les poireaux sauvages, cueillir les cerises au printemps et les olives en automne … jusqu’en 1956. Cette année là le thermomètre a marqué – 21° et tous les oliviers ont gelé. J’ai vu ma grand’mère pleurer sur les souches mortes. Et puis a commencé l’ère de l’huile d’arachide importée des « colonies » …

 

- Une « vraie » grand’mère en somme !

 

« A cette époque, toutes les grand’mères étaient de « vraies » grand’mères. La mienne poussait le souci d’authenticité jusqu’à parler provençal. Et comme c’est elle qui m’a initiée à la cuisine, à la botanique et à l’agriculture, je cuisine, j’herborise et je jardine encore en V.O. Il m’arrive même de chercher le nom français de telle plante, tel ustensile ou de tel outil, car c’est le mot provençal qui me vient spontanément.

 

- Dans ce cas, pourquoi n’écrivez-vous pas en provençal ?

 

« Parce que mon provençal de 400 mots est une langue strictement utilitaire qui ne me permettrait pas d’exprimer tout ce que je veux dire. Mais je l’utilise volontiers par petites touches, comme un bouquet garni, pour parfumer mes romans « de terroir ». Et si l’inspiration vient à me fuir, rien ne vaut une petite visite au  cabanon  de ma grand’mère, pour me remettre en train.


-Des coquelicots, des oliviers, des pins, les collines et le ciel : une véritable carte postale…

 

« Essayez plutôt de voir une toile de Nicolas de Staël : des bandes horizontales de couleurs dégradées et contrastées avec un éclat de lumière au milieu ! Le problème de la Provence, c’est qu’elle est un peu trop « jolie ». Cette joliesse appelle le cliché. La caricature pour touristes qu’on en fait trop souvent me blesse.

 

-Vous vous sentez donc plus provençale que française ?

 

« Pas du tout. Il n’y a ni préséance ni incompatibilité. Je ne vais pas sortir le vilain mot de « multiculturalisme ». Tout cela est très simple, très naturel. Je me méfie même un peu avec Georges Brassens, des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » et proclament que leur clocher est le plus haut du monde. Ma véritable langue est le Français mais le Provençal est un peu pour moi comme le sucre dans le café.

 

-Bien ! A quoi s’occupe la petite paysanne quand il fait trop chaud ou trop froid pour aller « au cabanon » avec sa « vraie » grand’mère ?

 

 

8 - L’éléphant gétule