~ La jambe de Fred Astaire


 


A.A.  Bien des années plus tard, je suis enfin allée aux USA ! J’arrive à Los Angeles via Miami où nous avons été consignés dans l’aéroport pour cause de troubles avec Cuba. C’était l’époque de « la guerre froide ». L’Amérique avait alors un peu perdu de son prestige avec le faux pas du Vietnam. Il y en aura d’autres… A cette époque, le fameux « US go home ! » s’étalait sur les murs. Toujours est-il qu’un peu assommée par le vol transcontinental, j’attends ma valise sur le tapis roulant du terminal. Je la vois arriver au loin. Elle est énorme ! Lourde ! Mais je ne suis pas venue aux Etats Unis pour avoir des vapeurs ! Résolument je la saisis par la poignée, je la soulève, et, dans le mouvement tournant destiné à l’arracher au tourniquet pour la poser à terre, je manque faucher mon voisin qui, fort heureusement, évite le bolide d’un gracieux entrechat. Confuse, je lève la tête pour m’excuser, et je reconnais… Fred Astaire ! Le bondissant partenaire de Cyd Charisse et de Ginger Rogers ! Il ne devait pas avoir loin de 80 ans, mais il était, ma foi, encore très souple !

 

L.R. Et vous l’avez reconnu ?

 

-Bien sûr ! On venait de le voir incarner le docteur Scully dans « un taxi mauve »  d’Yves Boisset ! Suffoquée, j’oublie tout mon anglais. Je ne parviens qu’à balbutier : « Oh ! Pardon ! » A quoi il répond avec un accent et un sourire très  Broadway : « Pardon ? Ooh la la ! Bien seur ! Et vive le France! » avant de se fondre dans la foule de LAX. Vous rendez-vous compte ? J’ai failli casser une jambe à Fred Astaire ! 

 

 

Fred et Paul (mon père)

 

-Avez-vous aimé les USA ?

 

Ah ! La Californie ! C’était tout à fait comme au cinéma. J’étais si bon public que tout le monde me souriait, me parlait... C’est fou ce les gens sont aimables quand on les aime ! Quelques fausses notes, bien sûr : l’hypocrisie du « brown bag » pour dissimuler dans la rue les canettes de Coors, la stupéfaction devant les premiers obèses, et ce paranoïaque qui, sur les hauteurs de L.A. m’exposait son plan pour intoxiquer les vilains communistes avec des fumées de volcan par delà le détroit de Béring !

un puits de pétrole déguisé en zèbre..


 


J’ai croisé, près de San Francisco, un puits de pétrole déguisé en zèbre, et, dans le désert de Mojave, au bord de la fameuse route de « La mort aux trousses » près d’une pompe à essence plus rouillée que celle de « Bagdad Café », un vieux Black qui avait fait le débarquement en Provence et en gardait un sacré souvenir ! Il pleurait, il riait, il m’embrassait ! Nous étions « pays ». Le monde est tout petit…

 

-Avez-vous beaucoup voyagé ?

 

« De nos jours, tout le monde voyage plus ou moins. Le tourisme est devenu une industrie néo-colonialiste très polluante. Le touriste ressemble souvent à un papier gras non biodégradable qui souille le paysage. Aussi, lorsque je voyage, je fais de mon mieux pour me fondre dans le décor en m’habillant et en me comportant comme les autochtones. Et je suis ravie lorsqu’une provinciale anglaise ou italienne vient me demander à Londres ou à Rome un renseignement topographique. Cela m’est même arrivé à Istanbul tant j’avais pris de soin à nouer mon foulard à la turque (c'est-à-dire avec coquetterie.) Du coup, je me suis trouvée dans une situation délicate, entraînée par ma curiosité dans un enterrement privé, et n’ayant pas la moindre idée de la façon dont je devais me comporter. Mais j’ai ouvert grand mes yeux et pu voir ce qu’un occidental voit rarement… !

 

-Dans quels pays êtes-vous allée ?

 

 

 


 4 - Un trompe-la-mort en fauteuil roulant.