Vincent, gentilhomme galant

 

 

 

"Une délicieuse saga picaresque et libertine qui court de la Révolution à l'Empire."

 

Jean Tulard

 

 

  Nouveauté

 

La rose de porcelaine

Editions de L’Archipel

 

Ce cinquième volume de la saga Vincent gentilhomme galant, nous entraîne jusqu’à l’île Maurice dans les pas du corsaire Robert Surcouf. Vincent y découvre la canne à sucre, la vie coloniale avec ses intrigues, ses élégances et ses esclaves que l’on n’est pas pressé d’affranchir malgré les décrets abolitionnistes. Une ravissante ingénue, aussi naïve qu’il l’était à ses débuts, l’attend… Dans ce dernier opus, érudition, érotisme, humour et aventure font partie carrée pour le plus grand plaisir des lecteurs.

 

 

 

       I             II             III             IV             V

 

 

Présentation de la saga


 


Le 14 juillet 1789 le peuple de Paris prend la bastille. Dans la confusion de l’assaut, le manuscrit du marquis de Sade, « Les 120 journées de Sodome » disparait.

A deux cent lieues de là, au pied du mont Ventoux, Vincent, jeune paysan illettré qui passe pour un bâtard du marquis part à la recherche du document. Cette quête va l’éloigner de son village natal, le conduire d’Avignon à Marseille, puis à Paris, de là en Angleterre, à Venise et jusque dans l’Océan Indien en passant par l’Egypte et le Soudan.

La vertueuse Analys et le libertin Siffrein de Saint-Roman dit « Le vicomte », vont tantôt l’accompagner, tantôt le poursuivre pour le soumettre à toutes les tentations. Au cours de ses voyages, Vincent aura d’innombrables maîtresses, quelques amants, et fera à ses dépens l’expérience des utopies et des cruautés décrites par son père dans son atroce chef-d’œuvre.

               Roman historique par la rigueur de sa documentation, roman picaresque par les folles aventures vécues par son héros, roman philosophique par le parcours initiatique qu’il propose, roman libertin par les nombreux épisodes érotiques qui le jalonnent, « Vincent, gentilhomme galant » déborde d’un humour iconoclaste porté par la langue pétillante du XVIIIe siècle.

 

 


En savoir plus ?

 


 

 

-La Révolution et le marquis de Sade, voilà des thèmes rudes peu féminins…

 

AA : En effet. J’ai fait un pari un peu fou en me mêlant d’intéresser mes lectrices à une période et à un auteur qu’elles n’aiment guère a priori. Et d’une certaine façon je l’ai perdu, car certaines qui avaient apprécié mes livres précédents ont été déroutées par ces romans d’aventures très libertins, et me l’ont dit sans ambages. En revanche, j’ai conquis un lectorat masculin enthousiaste, ce à quoi je ne m’attendais pas.

 

-Les femmes n’aimeraient pas la Révolution ?

 

AA : On dit forcément des sottises lorsqu’on fait des généralités : les hommes… les femmes… pourquoi pas les Noirs ou… les Juifs ? C’est malgré tout ce qui ressort de l’avis de nombreuses lectrices : elles adorent le 18e, ses fastes et ses grâces, mais la Révolution n’est pas perçue comme très « romantique », ce qui est un contresens, car elle est à la fois le début et le comble du romantisme au sens historique et esthétique du terme. Mais elle manque un peu de rubans, si l’on exclue, bien sûr, ceux que Marie-Antoinette nouait autour du cou de ses moutons…

 

            - Marie-Antoinette est pourtant très populaire…

 

            AA : Oui. Et cette popularité m’agace un peu. A force de romans et de films complaisants, Marie-Antoinette est devenue le grand personnage de la Révolution, sa malheureuse victime innocente, une sorte de  Sissi reine de France. Par contraste, les révolutionnaires qui l’ont - entre autres choses plus glorieuses- condamnée, ne sont plus qualifiés que des « brutes avinées ». Aujourd’hui, la grande question que l’on se pose à propos de la Révolution est : « Marie-Antoinette a-t-elle couché avec son beau Suédois, avec la princesse de Lamballe, avec les deux ou avec aucun d’entre eux ? » C’est dommage. La Révolution a une autre dimension. Je déplore sincèrement que Marie-Antoinette ait été décapitée et je reconnais que son procès n’a pas été un modèle d’élégance et d’équité, mais je ne peux oublier la part qu’elle a prise au déchaînement de la violence, d’abord en exigeant de son mari le renvoi du ministre Necker, ensuite en complotant avec son frère l’empereur d’Autriche, et pour finir en organisant, sur les conseils de Fersen, la lamentable fuite de Varennes. Il m’arrive de penser que si Louis XVI, qui était loin d’être l’imbécile qu’une mémoire injuste a retenu, avait eu à ses côtés une reine plus avisée, une Catherine de Médicis ou une Anne d’Autriche par exemple, il aurait pu tirer son épingle du jeu. La France serait peut-être encore une monarchie constitutionnelle comme l’Angleterre, l’Espagne et nombre de pays européens, lesquels nous montrent quotidiennement que la démocratie peut cohabiter avec un souverain.

 

                -La France est profondément républicaine…

 

-Aujourd’hui sans doute, mais elle ne l’était pas en 1789. On sent, à la lecture des cahiers de doléances rédigés en vue de la réunion des Etats Généraux, que les Français étaient très attachés à leur roi. Sans être la seule responsable, Marie-Antoinette n’est pas étrangère au revirement qui les a fait passer brutalement de l’amour à la haine. Et je voudrais dire aux lectrices qui se voient gambader en sa gracieuse compagnie sur les ponceaux du Petit Trianon, qu’elles se trompent de rêve. C’est à la Révolution qu’elles doivent d’être ce qu’elles sont, et tout d’abord de savoir lire !

 

-Vous vous placez donc en partisane de la Révolution ?

 

- Je n’ai pas l’esprit partisan. J’ai, bien sûr, des sympathies, mais il y a, dans tout système, des raideurs qui me font tiquer et m’empêchent d’adhérer complètement. Je suis l’éternelle coupeuse de cheveux en quatre et la Révolution est particulièrement hirsute. Dire qu’elle offre le pire et le meilleur est une banalité.

 

-En effet… la guillotine…

 

-Non ! La guillotine n’est pas la pire des choses ! Notre sensibilité moderne dut-elle en être offusquée, elle a plutôt été perçue à l’époque comme une mesure « humanitaire ». Auparavant, les condamnés étaient démembrés, broyés, écorchés, ébouillantés, éviscérés ! Le supplice pouvait durer des heures, parfois des jours ! L’adoption par la Convention de la guillotine comme mode d’exécution capitale faisait d’ailleurs partie d’une batterie de lois qui supprimaient aussi la torture, la confiscation des biens, le bannissement de la famille, etc. Je ne défends pas cette horrible machine, je reconnais que la Révolution en a abusé et je suis absolument contre la peine de mort, mais il faut se replacer dans l’esprit du temps.

 

-Dans ce cas, quelle est à votre avis « la pire des choses ».

 

-Sans hésiter, je répondrai que c’est l’exécution de Lavoisier accompagnée de cette phrase abominable : « La république n’a pas besoin de savants ! » Cela fait froid dans le dos. Après un siècle de « lumières » éclairées une à une, c’est le retour brutal aux ténèbres.

 

-Et le meilleur ?

 

-L’abolition de l’esclavage par la Convention, à une époque où il était universellement pratiqué et considéré comme légitime, en Orient, en Occident et même en Afrique ! Bonaparte 1er consul l’a rétabli en 1802, si bien qu’aujourd’hui, on ne retient que la date de l’abolition définitive en 1848. Il ne faut pas oublier le décret du 19 Pluviôse an 2. Abolir l’esclavage en 1793, c’était énorme ! c’était tout simplement… révolutionnaire ! C’est d’ailleurs à partir de ce thème que j’ai construit « Le bataillon des ténèbres » et « La rose de porcelaine », les deux derniers volumes de ma saga.

 

 

-Dans quel camp se place votre héros Vincent ? Est-il ci-devant ou sans-culotte ?

 

-Il est l’un et l’autre puisque miséreux d’une part et bâtard de marquis de l’autre. Il croise des personnages abjects et d’autres lumineux aussi bien dans les rangs des révolutionnaires que dans ceux des aristocrates. Pour se sauvegarder dans cette période incertaine, il doit plusieurs fois changer de parti, donc réviser ses jugements.

 

-C’est donc une girouette ?

 

-« Ce n’est pas la girouette qui est versatile, c’est le vent » disait… je ne sais plus qui ! Le changement de point de vue me permet de varier la perspective et de faire, dans une certaine mesure, la part des choses.

 

-Vous pensez donc être objective ?

 

-Tout le monde prétend être objectif, mais en fait, personne ne l’est. Pas plus moi que les autres. J’ai récemment vu à la télévision un détracteur farouche de Napoléon, assurer avec conviction que l’Empereur n’était pas très intelligent et même plutôt « bête », et quelques jours plus tard, un admirateur inconditionnel, tenter de justifier le rétablissement de l’esclavage par ses soins, sous prétexte qu’à l’époque « tout le monde était esclavagiste ». Eh non ! Quelques Conventionnels au moins ne l’étaient pas, puisqu’ils l’avaient aboli 9 ans plus tôt ! Quant à la prétendue « bêtise » de l’Empereur, je préfère ne pas commenter. La passion aveugle. Mais on peut s’approcher de la vérité en laissant s’exprimer des avis contradictoires. Aussi, je place volontiers dans mes romans des personnages qui défendent, arguments à l’appui, des opinions opposées, et même opposées aux miennes.

 

-Cela doit être difficile !

 

-Pas du tout ! Se faire l’avocat du diable est un exercice rhétorique très excitant. Et puis, j’aime flirter avec le politiquement incorrect. Par exemple je me suis bien amusée avec les théories philosophiques déviantes et les préceptes amoraux du Vicomte. Mais je reconnais que ces développements peuvent être dérangeants si on les lit au premier degré, ou si on les prend pour des professions de foi.

 

            -Vous n’êtes donc pas une inconditionnelle de la Révolution ?

 

-Non bien sûr ! Comment peut-on adhérer à l’exécution d’un Lavoisier, d’un André Chénier –sans parler de celle de Marie-Antoinette suivie de l’avilissement du jeune dauphin- ou encore à la répression féroce subie par la Vendée ? Mais cette période qui marque le début du monde moderne, me passionne par son énergie, sa vitalité, son imagination. Parmi les historiens, on trouve aujourd’hui encore des Jacobins irréductibles et des Chouans forcenés. L’argumentation principale de ces sectaires consiste à dresser la liste des atrocités commises par le camp adverse. C’est une absurdité. La cruauté et la bêtise n’ont pas de camp. Elle sont universelles. Toutes les armées régulières, toutes les guérillas, même celles animées au départ par les plus nobles idéaux finissent par déraper. Une fois justifiée par la politique ou la religion, la violence désinhibe et libère les instincts. L’homme, comme l’enfant, est volontiers cruel. Le succès des films et des jeux vidéo « gore » le montre sans ambiguïté. C’est pourquoi j’ai placé le marquis de Sade, à la fois aristocrate et jacobin, humaniste et tortionnaire, au centre d’une époque faite d’ombre et de lumière, qu’il incarne, me semble-t-il, mieux quepersonne.

 

-Le marquis de Sade, ce jeune homme au visage angélique ?

 

« Pour être honnête, on n’est pas tout à fait certain que ce fusain d’un neveu de Van Loo, peintre de cour du 18e, représente bien le jeune marquis à 20 ans. Mais les fiches signalétiques dressées lors de ses multiples incarcérations et les témoignages de ses contemporains s’accordent pour nous le décrire joli garçon, d’une taille plutôt petite (5 pieds 2 pouces soit environ 1m68 ) blond avec des yeux bleu très brillants, une jolie voix et beaucoup de charme.

 

-Petit, blond aux yeux bleus le chef de file des « sadiques » ?

 

-On imagine un grand brun, n’est-ce pas ? Quand à ce pauvre Louis XVI, qu’on représente non seulement en benêt vaguement serrurier mais aussi en bon petit gros, il mesurait 6 pieds, c’est à dire 1m95 ! C’était un géant. L’histoire, particulièrement injuste avec lui, l’a ramené à la taille qu’il lui restait au soir du 21 janvier 1793.

 

-Décidément, vous avez un faible pour Louis XVI !

 

-Je l’avoue. Les mots qu’il a prononcés en montant à l’échafaud : « A-t-on des nouvelles de Lapérouse ? » me touchent beaucoup. Ils le dépeignent : cultivé, rêveur, idéaliste. Et puis, j’aime bien bombarder quelques idées reçues. Ainsi, on trouvera chez « mon » marquis de Sade, un côté truculent et farceur, typiquement provençal, (car il était provençal ! ) qu’on ne s’est guère mêlé de développer jusque là.

 

-Le marquis de Sade est donc l’un des personnages de ces 5 romans ?

 

-En fait, il en est le personnage central, bien qu’on ne le rencontre, et encore furtivement, que dans le 2eme volume, « Le dernier carnaval ». Mais il est toujours là, à la manière du loup dissimulé au cœur des feuillages ou des remous de la rivière dans ces images devinettes qui montrent les 3 petits cochons batifolant sans crainte. Il se trouve dans le tableau, mais il y est caché, il faut le chercher. Il peut à tout moment fondre sur ses victimes. Vincent, son fils supposé, qui est aussi le narrateur, se trouve sans cesse confronté à des situations sadiennes, inceste, blasphème, homosexualité, torture, dont il doit se dépêtrer…

 

-D’où le caractère très libertin de la narration …

 

-On ne se frotte pas à Sade avec des émois de midinette. Certains passages érotiques sont, parait-il, à la limite de la pornographie. Je ne sais pas si je dois m’en excuser…

 

-Quelle différence faites vous entre érotisme et pornographie ?

 

-La même qu’entre peinture impressionniste et peinture réaliste. La première s’attache à transmettre une émotion, l’autre à reproduire une image. D’un côté, des reflets, des ombres, des vibrations, de l’émotion, de l’autre des détails précis. Ici on vous parle de « caresses qui font défaillir », là, on note la taille, la place, le nombre et le mouvement des membres en action. Ce qui peut manquer de poésie aux yeux de certains… mais en amuser d’autres…

 

- En effet ! L’humour, les dialogues 18e, les tournures anciennes et les imparfaits du subjonctifs décalés, désamorcent en grande partie les scènes les plus lestes. Vous êtes plutôt dans le registre paillard et on rit beaucoup !

 

-Je l’espère bien ! D’abord, j’adore les chansons paillardes. Les plus grands s’y sont essayés avec talent. (Je pense au fameux « De profundis morpionibus » de Théophile Gautier, aux « filles de Loth » de Musset ou encore à « L’ode à la merde » de Victor Hugo.) La littérature érotique qui se prend au sérieux m’ennuie terriblement, la poésie mise à part. ( Par exemple, je trouve Jean Genet sublime ! ) Et puis je dois avouer que Sade me fait beaucoup rire, et plus encore ses thuriféraires compassés. Il est tellement excessif, insurpassable dans l’invention délirante et l’atrocité, que je ne peux m’empêcher de soupçonner en lui le farceur. Il y a dans « Juliette », « Justine » et « les 120 journées », un côté « Donatien tu exagères » quasi marseillais. Il ne faut pas oublier que Sade se voulait avant tout homme de théâtre et que ses écrits pornographiques étaient alimentaires. Méditons cette phrase de sa correspondance à propos du manuscrit de Justine : « Me Girouard (son éditeur) me le demandait poivré, je le lui ai fait capable d’empester le diable ! » On voit bien là qu’il en rajoute par gageure, sans doute parce qu’il n’accorde pas grande importance à ce qu’il écrit et renie d’ailleurs avec désinvolture – et prudence ! Et lorsqu’il déplore la perte de ses manuscrits de la Bastille –parmi lesquels les 120 journées de Sodome-, et dit pleurer sur eux « des larmes de sang », il ajoute : « … j’en tirerais aujourd’hui bien de l’argent ! » Malheureusement pour lui, Sade était un dramaturge assez médiocre, mais un pornographe génial. Et le second a totalement éclipsé le premier.

le rouleau des 120 journées
le rouleau des 120 journées

-On comprend que vous aimez Sade… on ne peut pourtant oublier le personnage inquiétant, ses multiples incarcérations pour sévices, ses crimes …

 

-Sur ce thème aussi, il y aurait beaucoup à dire. On confond trop souvent Sade et ses personnages « libertins criminels ». Si on lit avec un peu d’attention les minutes de ses procès, (dont l’un lui a valu une condamnation à mort par contumace – le bûcher ! ) on s’aperçoit qu’il y avait à peine de quoi fouetter un chat. De nos jours, il n’aurait même pas « pris trois mois avec sursis » ! Les « crimes » qui lui sont reprochés : fréquentation assidue de prostituées, usage d’aphrodisiaques, pratiques SM, homosexualité active et passive, blasphèmes et sacrilèges, ne tombent plus de nos jours sous le coup de la loi, mis à part … les dettes !

 

-Vous êtes indulgente…

 

-Je ne crois pas. Et je conseille à ceux qui sont désireux de se faire une idée un peu moins gothique du « divin marquis », de lire l’excellent livre de Raymond Jean « Un portrait de Sade » chez Actes Sud, et aussi « La religion de Sade » de Jean Baptiste Jeangène Vilmer Editions de l’Atelier. A égale distance des dithyrambes un peu ridicules des surréalistes, et de l’anathème horrifié des bien pensants, ils trouveront un homme sans doute un peu trop porté sur les choses du sexe, (« Moussu lou marquès es un pistachié » disaient en provençal ses gens de Lacoste) mais aussi un philosophe original –un rien opportuniste- et un grand écrivain. Ce soi-disant « monstre » a été l’un des tout premiers à s’élever contre la peine de mort, à prôner l’émancipation de la femme par le droit de vote, le droit au divorce et même l’interruption volontaire de grossesse, ce qui l’a fait passer pour fou, car la Révolution n’était pas très féministe.

 

-Ne tombez-vous pas dans le travers que vous dénonciez à propos de la Révolution et de Napoléon : la passion aveuglante ?

 

-Le fait est que je suis un peu tombée amoureuse de mon marquis, même si je reconnais qu’il devait être assez insupportable, provocateur, coléreux, arrogant, cassant, hautain, très conscient de sa supériorité de classe, dédaigneux et aristocrate jusqu’au bout des ongles.

 

-Et malgré cela vous le respectez…

 

-Le respect est la pire des injures que l’on puisse faire à Sade. Par la bouche de mes personnages, je ne le ménage guère : je le critique, le moleste, le malmène, l’insulte et le maudis… et j’en fais autant pour la Révolution.

 

-Ce qui rend vos livres très … vivants !

 

-Ce ne sont pas des traités ou des hagiographies, ce sont des romans d’aventures. Je me suis donc arrogé le droit de combler les niches, d’interpréter, et même d’être de mauvaise foi.

 

-Sans malmener l’histoire ?

 

-Absolument. La trame historique est très rigoureuse autant par la chronologie que les détails du quotidien. Il ne manque pas une tresse de hongroise et le calendrier républicain m’a donné lui aussi pas mal de fil à retordre. Par exemple, l’année révolutionnaire commençant le 21 septembre, les 8 premiers mois sont réputés an 2 et les 4 derniers an 3, ce qui ne facilite pas la conversion. De plus, les mois ne se superposent pas exactement. J’ai dû m’en expliquer auprès de lecteurs tatillons, mais quel plaisir d’être lue avec tant d’attention ! De plus, l’intervention de personnages réels m’a posé un problème délicat : lorsqu’on met en scène un Bonaparte, il faut être très circonspect, car son emploi du temps nous est connu pratiquement heure par heure de sa naissance à sa mort. Les spécialistes prêts à relever le moindre manquement, foisonnent. La marge d’incertitude est très faible. L’astuce que j’ai adoptée, est de ne lui mettre en bouche que des mots qu’il a effectivement prononcés ou écrit, en les tirant toutefois de leur contexte. Ce qui serait prendre une liberté avec l’histoire sans le clin d’œil adressé au lecteur.

 

-Cette complicité que vous établissez avec le lecteur en vous adressant directement à lui, en lui faisant des confidences et des cachoteries, en lui conseillant de sauter des pages ou de relire certains passages, en l’encourageant, en le réconfortant, en le grondant même parfois, est très amusante.

 

-Les auteurs anglais du 18e, Fielding par exemple, utilisaient volontiers ce procédé. Ceci dit, je crois que pour amuser le lecteur, il faut s’amuser soi-même. Et je dois avouer qu’en écrivant ces 5 romans qui représentent pourtant un énorme travail échelonné sur 20 ans, non seulement par la documentation historique et littéraire, mais aussi par la rédaction intégrant des tournures et du vocabulaire d’époque, je me suis malgré tout bien amusée !

 

-En effet. Tout au long de ces 2000 pages, on rit, on pleure, on tremble, on s’indigne, on s’affole, on s’exalte…

 

-C’est bien la moindre des choses que de ne pas s’ennuyer dans un roman picaresque.

 

-Et cependant, on apprend beaucoup de choses, d’abord à propos d’Avignon, (le Vaucluse italien jusqu’en 1791 !) puis sur L’Angleterre déjà industrielle à l’époque, la fin de sérénissime république de Venise, la naissance de l’égyptologie, les alliances orientales de Bonaparte, l’esclavage dans les colonies …

 

-Je me suis attachée aux à-côtés de la Révolution, à ses échos et à ses conséquences. J’ai tourné autour, en quelque sorte, tout en m’éloignant peu à peu, au lieu de fixer l’action aux pieds de Robespierre et de la guillotine. D’abord aspiré par l’épicentre de Paris, Vincent va dériver et finir à l’île Maurice…

 

-… où il aura enfin terminé son initiation ?

 

-Oui. Il lui aura fallu près de 20 ans et tout cet espace, pour échapper aux fantômes de son enfance, (au premier rang desquels un père assez dérangeant), et se trouver enfin lui-même.

 

-Laissons au lecteur la surprise de découvrir à la fin de « la rose de porcelaine » quel genre d’homme sera devenu « Le naïf libertin ».

 

Le Naïf libertin (vol 1)

en librairie le 2 février 2011
en librairie le 2 février 2011

 

 

« Par miracle, l’ostensoir n’avait pas souffert de sa chute. Rasséréné, je le déposai sur le bureau du marquis. Mais lorsque je voulus le placer dans son écrin, je constatai avec effroi que le coffret s’était refermé, et que le couvercle à système, en se rabattant, avait emprisonné le rouleau manuscrit… »

 

En 1791 dans les Etats du Pape (l’actuel Vaucluse), alors qu’en France la Révolution se durcit, la substitution accidentelle du manuscrit des 120 journées de Sodome à l’ostensoir de la cathédrale va précipiter le  narrateur dans un tourbillon d’aventures guerrières, amoureuses et philosophiques, où le marquis de Sade tient le rôle de l’Arlésienne.

Jeune paysan illettré épris de la sage Analys, Vincent devient valet de chambre de son père, le marquis de Saint-Roman, savant astronome et séduisant pédéraste, dont le charme ambigu le trouble. Affolé, il fuit le château tandis que la guerre civile éclate entre Avignon acquis aux idées nouvelles, et Carpentras demeuré légitimiste. Alors que papistes et républicains s’affrontent dans un bain de sang, que les fusils, le droit et la loi changent sans cesse de mains, il va aimer et combattre des personnages burlesques, idéalistes ou criminels, tels Olympe de Falques qui fait torturer les curés jureurs, Pastan, le citoyen-poète qui met la Déclaration des droits de l’homme en musique, le tonitruant Jourdan Coupe-tête, général des Vauclusiens, et surtout le vicomte, athée convaincu, parfait cynique et gai libertin, qui entreprendra son éducation. Jusqu’à ce que la Révolution, le manuscrit, l’ostensoir et Analys le rattrapent…   

 

Le dernier carnaval (vol 2)

en librairie le 2 avril 2011
en librairie le 2 avril 2011

"Cependant, miss Louisa, qui avait goûté la pièce, ne cessait de répéter, au comble de l'exaltation:

-To be ou not to be! Ah! Monsieur! On ne s'en lasse pas! Cela est admirable, isn't it?

-Certes! Certes Miss! Acquiesçai-je d'un air docte, bien que lady Greesham n'eut pas jugé utile de me faire la traduction de ce vers. Sans doute était-il de piètre intérêt?"

 

1792. En réponse à l'ultimatum du duc de Brunswick manaçant de représailles ceux qui s'opposent à Louis XVI, l'Assemblée déclare "la patrie en danger". Des volontaires se lèvent dans tous les départements.

En compagnie de sa bien-aimée Analys travestie en garçon, Vincent s'engage, aux accents de la marseillaise, dans le bataillon qui marche sur paris. Bientôt accusé d'un meurtre dont il est innocent, il s'enfuit en Angleterre, traqué par ses amis de la veille et secouru par ses anciens ennemis.

Jeté en prison pour avoir vertueusement repoussé les avances d'une lady, il échappe de peu au gibet, s'engage sous un nom d'emprunt dans la Royal navy, et cingle vers la France où il assiste au siège de Toulon.

Ses pérégrinations le mèneront jusqu'en Italie. Que lui réserve Venise où la Sérénissime République, menacée par Bonaparte, vit ses derniers jours?

L'abeille et le scarabée (vol 3)

"A un tournant serré de la piste, Vivant-Denon se trouva près de mon chameau. Suivit-il mon regard?

-Un bien joli militaire... dit-il avec un sourire pétillant de malice. C'est le colonel Malegarde. Il commandait la demi-brigade de cavalerie qui nous a escortés depuis Rosette. Je ne vous cacherai pas que je l'ai, comme vous, soupçonné de moeurs ultramontines; il est toujours d'une telle élégance qu'il en devient efféminé. Eh bien non! C'est un foudre de guerre! Et puis... il est marié!

-Avec une femme? m'écriai-je, stupéfait.

Il partit de rire.

'Avec qui donc voudriez-vous qu'il le fût? Sous la bannière de Barras et de Cambacérès, la République a quelque peu lâché les moeurs, mais elle ne marie point encore les hommes entre eux. Peut-être dans un siècle ou deux...

L'idée dut lui paraître cocasse car il redoubla sa gaîté. "

 

 

1798. Neuf ans ont passé depuis que Vincent est entré au service de feu le marquis de Saint-Roman, père d'Analys, son insaisissable bien-aimée. La Révolution a changé les timides amoureux de jadis: lui est devenu armateur à Venise, elle, travestie en garçon, colonel des hussards.

Vincent arme un navire pour gagner Alexandrie dans l'espoir de la retrouver. Après une traversée mouvementée, il découvre l'Egypte telle qu'elle apparait aux soldats et aux savants de Bonaparte, avec ses vestiges ensablés, ses palais, ses taudis, ses princes, ses fellahs et ses esclaves. Alors que naît l'égyptologie, coptes, musulmans et Anglais se perdent en intrigues. Vincent est enlevé.

Dans ce creuset de passions où couvent la révolte et la peste, l'intrépide Analys triomphera-t-elle des voluptueuses Orientales, de l'inquiétant Fayçal, de l'énygmatique Balafré et de l'ombre du marquis de Sade qui, plus que jamais, menace leurs amours?

 

Le bataillon des ténèbres (vol 4)

Assouan, mars 1799. Vincent s'apprête à descendre le Nil en barque vers le Caire. Mais le kamsin, terrible vent de sable, le déroute. Recueilli par une caravane, il apprend le rythme du désert et le commerce du sel. Liam-at-Tawiil, prince de Darfour, allié de Bonaparte, l'engage pour former ses hommes au maniement des armes nouvelles. Vincent découvre un pays rude et désolé où les cinq fils du sultan se disputent le pouvoir. Compromis dans un coup d'état, ils doit s'enfuir avec ses deux cent légionnaires noirs à travers le Soudan ravagé par les chasseurs d'esclaves. Parviendra-t-il à gagner Suakin, "perle de la mer Rouge"?

La maitresse du moulin

  La maîtresse du moulin

 

En 1880, près d'Aix-en-Provence, les commérages sont un sport national. Quel mal étrange terrasse les épouses successives du meunier? Héloïse, sa commise, qui le tient pour responsable de la disparition de son propre père, a-t-elle un lien avec ces morts suspectes? Confidences, bavardages, révélations, supputations, calomnies... Dévots et libre-penseurs s'affrontent. Tout le monde ment. Par intérêt? par lâcheté? Au loin, on commence à construire la tour Eiffel et la statue de la Liberté. Annonçant la fin inéluctable des moulins, le fracas du monde moderne qui s'installe, parvient, assourdi, jusqu'au pied de la Sainte-Victoire, qu'inlassablement, Cézanne peint...

 

Le puit au frelons .

 

1885, à Sollières près d'Aix en Provence. Désoeuvrés depuis le départ pour le séminaire de leur "chef" Philibert, des chenapans découvrent, au fond d'un puits, un squelette dont le crâne contient encore la balle qui l'a perforé. Leur secret devient vite celui de Polichinelle...

Pourtant, personne au village ne songe à soumettre cette énigme à la maréchaussée. Sur fond de campagne électorale, dévots et libres-penseurs dissimulent d'un commun accord la dépouille et cherchent l'identité de la victime et de l'assassin.

Héloïse et Angelo, les amants terribles,seront les premiers à faire les frais de cette enquête insolite qui oscille entre la farce et la tragédie.

 

LE  GRAND  LIVRE  DU  MOIS - L'Actualité Littéraire.

Arlette Aguillon est l'héritière de Pagnol et de Giono. Ses personnages truculents, ses dialogues enlevés, son style sensuel et même parfois érotique redonnent à la littérature de terroir ses lettres de noblesse.

Dans un bourg provençal, à la fin du XXe siècle, Héloïse, la maîtresse du moulin, se partage entre deux hommes : son mari, le maire du village, et son amant Angelo, le colosse piémontais. Cette comédie fort leste est toutefois corsée par deux tragédies qui émeuvent tous les villageois... mais même lorsqu'elle devient sérieuse, Arlette Aguillon ne peut s'empêcher de nous transmettre sa joie de vivre!

 

 

Rue Paradis

Rachid, cancre et tombeur de filles, tombe par effraction dans la vie de Charlotte, institutrice sage. Drôle, sensuel, provocateur, il fait voler en éclats toutes ses certitudes. L'amour romantique explose avec des mots crus d'aujourd'hui, un ballon de foot et une moto en guise d'épée et de cheval blanc. Sur fond de plan "Vigipirate" les vieux démons se réveillent.

 

Des quartiers Nord aux résidences de la Corniche,  en passant par la prison de Baumettes, Arlette Aguillon nous  offre une fantasia érotique dans un Marseille chauffé à blanc par la canicule.

 

La derive

 

Toulon 1900. Les braves gens fredonnent sous les platanes les couplets de Félix Mayol. Au fond des bars louches de la Basse Ville se mêlent trafiquants, espions, usuriers, nervis, anarchistes, filles à matelots. Les officiers de la Royale regardent la terre avec distance depuis le pont de leurs cuirassés, ou échangent dans la fumée d'opium, leurs souvenirs d'Afrique et du Tonkin.

Au coeur de ce monde tour à tour truculent, crapuleux et sophistiqué, Charles Ullmo, jeune enseigne de vaisseau plein d'avenir, tombe sous le charme de la Belle Lison, courtisane sans scrupules. Pour lui commence alors La Dérive. Peu de temps après l'affaire Dreyfus, alors que le tension avec l'Allemagne est vive, la psychose de l'espionnage se développe.

 

Etonnante reconstitution historique, ce roman foisonnant qui a pour trame une histoire vraie, ressuscite le Toulon magnifique de la Belle Epoque, grand ouvert sur le pactole des colonies, mais où se devinent déjà les fêlures qui ébranleront le XXeme siècle.

Néoules

Attelée à la tâche hardue de raconter l'histoire de son village natal, Arlette Aguillon s'est avisée que dans ce Néoules en Provence, où " il faut aller exprès"   il ne s'était à peu près jamais rien passé, sinon l'hypothétique passage d'un frère de Saint-Louis et de l'amant de la reine margot.  Avec ces deux minces événements, l'ancienne élève de Georges Duby fait merveille: mêlant l'histoire de la Provence en remontant jusqu'à la genèse, aux mille détails du quotidien à travers les siècles, elle brosse  une fresque piquante et enlevée, pleine de tendresse et de drôlerie. On rit, on s'indigne, on pleure, on s'exalte: c'est un vrai roman, à mille lieues de ces ouvrages subventionnés, hymnes à l'esprit de clocher, qui font pâlir d'ennui !

 

100 pages illustrées de documents originaux, photographies inédites et dessins humoristiques (signés Vincent Roure, son fils). Une petite merveille que l'on ne peut, malheureusement, trouver qu'à la mairie de Néoules (83136). 

des astres en politique

Tous les hommes et femmes politiques ont consulté, consultent ou consulteront un jour un astrologue, et chacun prête attention, plus qu'il ne veur l'avouer au signe sous lequel il est né... Mais au IIIeme millénaire,

peut-on encore se fier à un zodiaque... sumérien? Si le PC, le PS, l'UDF, le RPR ne savent plus sous quelle étoile placer leurs urnes, c'est que la P.A.F. (lire Paysage Astrologique Français) a changé. Il devenait urgent de rénover le zodiaque et de trouver à chacun sa bonne étoile

 

Amateurs de sciences paranormales s'abstenir. Drôle, extravagant, ce zodiaque qui utilise de nouvelles (mais authentiques!)  constellations célestes brocarde autant les vaticinateurs que les politiques. J.M. Lepen se trouve placé sous le signe de la colombe, Bernard Tapie, sous celui de l'écu, Jacques Chirac, du Phénix. Arlette Aguillon ne se prend pas une minute au sérieux. L'étonnant, c'est que nombre de prédictions avancées en 1991 dans ce zodiaque farfelu, se sont bel et bien réalisées... Peut-être n'est-il pas nécessaire d'être extralucide pour prédire l'avenir des politiciens?